Le bouturage à l’étouffée

Pour bouturer une plante, le premier réflexe est de la mettre dans l’eau. Même si cela fonctionne bien pour beaucoup d’espèces, ce n’est pas toujours la technique la plus efficace.

On fait ici le point sur une méthode puissante, qui, quand elle est correctement mise en œuvre, est très efficace. Il s’agit du bouturage à l’étouffée. On fait le point sur le principe de base, les contenants que l’ont peut utiliser, les supports de culture, les espèces adaptées à ce mode de bouturage, les conseils pratiques et la transition vers le milieu extérieur.

Principe de base

Dans le cas du bouturage à l’étouffée, les jeunes plants ne vont pas être en contact avec l’air de la pièce. Il vont en effet être enfermés dans une petit serre, ce qui va avoir pour effet d’augmenter l’humidité de l’air et la température autour des boutures. Deux conditions qui font que les plants vont moins se dégrader, et raciner puis pousser plus vite.

Il est possible de planter soit directement dans un support de culture, soit dans des petits pots.

En plantant en terre, l’espace de culture est plus modulable et permet de faire se côtoyer beaucoup de boutures. Attention toutefois aux racines qui ont souvent tendance à s’emmêler.
En pratique, cela donne ça.
On peut aussi disposer des mini-pots dans la serre. Cela évite que les racines s’emmêlent, et cela favorise la transition vers le milieu extérieur. Aucun rempotage n’est en effet requis avant plusieurs mois, si le pot de base est suffisant.
Pas de risque d’emmêler les racines ici.

Les contenants

La solution la plus simple consiste à utiliser une simple boîte en plastique transparente, munie d’un couvercle. Très souvent, j’utilise des boîtes de type Tupperware.

L’important est qu’elles soient relativement transparentes pour que la lumière y entre, claires pour éviter qu’elles ne chauffent trop, et hermétiques pour que l’effet de serre soit au rdv. Globalement, tout récipient répondant à ces critères est compatible. Des petites serres existent dans le commerce, à tous les prix. Elles sont en général efficaces.

Les boites de rangement ou alimentaires transparentes sont parfaites pour cet usage.
Il est aussi possible d’utiliser des bocaux. Le couvercle peut être avantageusement remplacé par un film cellophane, pour augmenter la luminosité.
Les barquettes alimentaires « jetables » sont aussi idéales ! Il faut juste penser à les nettoyer avant.
Autre idée récup’, les petites capsules dans lesquelles sont parfois servies les sauce des plats à emporter. Elles conviennent à merveille pour les feuilles de Peperomia !
Une cloche de verre posée sur un petit pot fait aussi son effet, tout en étant plus décoratif qu’une boîte. Ici, un tronc de Monstera deliciosa albo variegata prépare sa deuxième feuille.

Les supports de culture

Une fois le récipient choisi, il est temps de le remplir !

D’une manière globale, on retiendra qu’il faut choisir un support qui soit très léger et drainant. Les boutures n’ont en effet pas besoin de grands apports nutritifs, et la stagnation d’eau leur serait délétère.

On peut premièrement choisir du terreau, qui est la solution la plus simple. Pour en diminuer la richesse, on pourra utiliser un ancien terreau déjà utilisé et récupéré lors d’un rempotage. Il faut alors veiller à bien émietter les amas. Sinon, un terreau neuf pourra être allégé en le mélangeant à 50% (voire plus) avec du sable de rivière. Du sable pour aquarium peut convenir, mais on évitera de préférence le sable de carrière, et à tout prix le sable de plage. Des billes d’argile conviennent aussi. Dans le commerce, on trouve aussi du terreau spécial bouturage. Je n’ai jamais testé, je trouve que le prix est trop élevé sachant que les autres méthodes fonctionnent très bien. La perlite et la vermiculite sont aussi des moyens efficaces (mais un peu coûteux) pour aérer et alléger un terreau.

Deux préalables -facultatifs mais conseillés- sont requis avant de remplir la boîte ou les pots de terreau. Premièrement, on disposera au fond une couche de drainage, constituée de gravillons ou de billes d’argile. Cela permettra par la suite de visualiser un éventuel excès d’arrosage. Deuxièmement, surtout dans le cas de bouture rares ou fragiles, il est possible de désinfecter le terreau (et la couche de drainage, le cas échéant). Pour cela, mettez-le dans un vieux plat à four, et enfournez-le à 120ºC pendant une heure. Laissez bien refroidir avant de l’utiliser 😅 C’est aussi possible au micro-onde, mais il faut ajouter un verre d’eau dans le four pour éviter la surchauffe et la détérioration de l’appareil.

Il est également possible de se passer de terreau. Par exemple, la sphaigne constitue un excellent support de culture. Elle offre l’avantage d’être très légère et aérée, et d’éviter d’asphyxier les racines comme certains terreaux trop riches et trop compacts. De plus, elle retient plusieurs dizaines de fois sont poids en eau. Gage d’une bonne hydratation des racines. Je n’en ai jamais trouvé en forêt, mais elle est présente dans beaucoup de jardineries au rayon du matériel de bouturage. Elle est conditionnée en sacs ou en ballots. Comptez 10-15€ pour un sac de 5L.

La sphaigne est très utile pour le bouturage à l’étouffée, notamment pour les tronçons de plante (ici de Dracaena).

Enfin, de simples billes d’argile peuvent aussi faire l’affaire pour des boutures plus grossières. On évitera toutefois de l’utiliser avec des boutures trop petites, car elles ne seraient pas maintenues correctement.

Ici, des tronçons de Monstera deliciosa albo variegata sont en cours d’enracinement.

Conseils au quotidien

Il y a trois conseils à appliquer au quotidien, pour que le bouturage à l’étouffée réussisse quasiment sans risque d’échec.

Avant tout, on évitera à tout prix le soleil direct. De par l’effet de serre, la température pourrait allègrement dépasser les 50°C, et détruire les boutures. En cas d’ensoleillement passager (maximum une heure par jour), on prendra soin d’entrouvrir la boîte. Il faudra alors apporter de l’eau plus souvent. A l’inverse, on évitera les endroits trop sombres (pas de croissance) et trop froids (risque de développement de champignon et de « fonte » des boutures). Un rebord de fenêtre orientée nord fera l’affaire, ou à 1m d’une fenêtre sud. A l’est et à l’ouest, le soleil est plus pénétrant. On évitera donc de les placer à moins de 2m.

Dès la mise à l’étouffée, le support de culture sera brumisé de manière à l’humidifier mais surtout sans le détremper. Par la suite, les seuls apports d’eau requis seront ceux nécessaires pour maintenir ce niveau d’humidité. Si l’espace n’est pas clos, ces apports devront être plus fréquents. Quand brumiser ? De la buée doit être visible par moment à l’intérieur de la serre. Quand il n’y en a plus, c’est qu’il est temps.

Voici la buée qu’il faut observer quand la température augmente. S’il n’y a plus de buée, c’est qu’il faut arroser. Attention à ce qu’il n’y ait pas de la buée 24h/24 ; c’est un équilibre à trouver.

Pour éviter que les plants ne pourrissent, il est impératif de ventiler quelques minutes de temps en temps la mini-serre. Une fois par semaine est un grand minimum, tous les jours est l’optimum.

Si de la moisissure apparaît, ou si des plants deviennent mous, il faut agir sans tarder. La première chose à faire est d’ouvrir le couvercle, et de cesser tous les arrosages. Ensuite, retirer tous les plants abîmés et les zones de support contaminées. Ne reprendre les brumisations que quand la terre ou le support de culture aura séché en surface. Vérifiez l’absence d’eau au fond du récipient, et éliminez-la le cas échéant.

Les espèces compatibles

Quasiment toutes les espèces de plantes d’intérieur se plaisent à l’étouffée. Même les plantes grasses peuvent y trouver leur compte, à condition que l’humidité dans la mini-serre soit très légère.

De manière non-exhaustive, j’ai testé avec des Peperomia (orba, orba pixie lime, verticillata, obtusifolia, obtusifolia variegata, red luna, schumi red, caperata de plusieurs espèces), des Fittonias de toutes les couleurs, des Tradescantia, des Pilea (peperomioides, peperomioides sugar, glauca, involucrata), Pothos (sauf Brasil et exotica qui n’ont pas fonctionné), des tronçons de Monstera, Dracaena, et beaucoup d’autres espèces.

Les Fittonia raffolent des espaces chauds et humides.

On évitera simplement les plantes à feuilles poilues ou duveteuses. Généralement, les plantes à feuillage épais se plairont avec une humidité bien moindre (Crassula, Zamioculcas notamment).

Transition vers le milieu exterieur

La vocation d’une bouture est de devenir une plante. Et même si certaines espèces comme le Fittonia pourraient rester à l’étouffée toute leur vie, le but est de les en sortir. Pour éviter de les brusquer, on procédera par étapes.

Avant d’envisager une sortie de la serre, on vérifiera que les racines soient suffisamment développées. Cela prend, selon les espèces, entre deux semaines et deux mois. Pour vérifier, tirez très légèrement sur le plant. S’il résiste et qu’une motte de support tend à venir avec, c’est que c’est bon, et vous pouvez passer à la suite. Ne vérifiez pas trop souvent, au risque d’empêcher les racines de se développer. Une fois toutes les deux semaines semble un bon compromis.

On pourra commencer par réduire les arrosages, tout en laissant la boîte fermée. Après une à deux semaines, on pourra retirer le couvercle, tout en brumisant quotidiennement ; comptez 1 semaine pour cette phase. Si les plants sont dans des pots, inutile de les rempoter tout de suite. S’ils le sont, rempotez-les dans des pots de 5-8cm de diamètre. Et placez le dans un endroit lumineux sans soleil direct. Maintenez le terreau (classique, de qualité) humide pendant au moins une semaine, et continuez à brumiser tous les jours.

Trois petits Peperomia qui sortent juste de leur mini-serre. Il faut les maintenir humide quelques temps.

Après 3/4 semaines, votre bouture sera devenue une petite plante à part entière 😁 Les conseils spécifiques à la plante s’appliquent alors, à partir de maintenant et pour toute sa vie.

La serre et le support peuvent re servir quasiment à l’infini. Il faut, de temps en temps, enlever toutes les boutures (délicatement) et aérer le support. S’il s’agit de terreau, brisez les mottes avec un mini-râteau ou une fourchette. De temps à autres, enrichissez un peu en ajoutant une cuillère à soupe de terreau neuf.

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